La mise en chantier de Dark Elevator part d’un constat simple. Alors que les prochaines élections prud’homales auront lieu le 3 décembre, la communication traditionnelle des syndicats touche de moins en moins les salariés. « L’objectif est d’aller chercher des publics tout aussi concernés, mais qui sont en attente d’un renouvellement des pratiques syndicales », continue Richard Bonne. D’où l’idée d’une communication plus décalée, passant par le rire. La CFTC charge alors une agence de communication de la mettre en contact avec une société de production qui pourrait lui fournir une mini-série parodiant le monde du travail. Caroline Roussel, de la société Arturo Mio, leur propose les services de trois jeunes auteurs-réalisateurs. Dark Elevator est sur les rails.
« Au début, ils voulaient un pastiche de série, comme 24 heures chrono, se souvient Caroline Roussel. Je leur ai dit : On se calme ! » La productrice a entrepris de faire correspondre les envies du syndicat avec les contraintes inhérentes à la production d’une mini-série. Très vite, situer l’action dans un décor unique est apparu comme une contrainte budgétaire. C’est alors que l’idée d’un ascenseur social s’est imposée.
En tant que commanditaire, la CFTC a défini les thèmes des épisodes. A charge pour les auteurs de leur proposer des scénarios percutants. « Il y avait des directives, confie Guillaume Cremonese, l’un des co-auteurs. Mais comme ils ne savaient pas trop où ils mettaient les pieds, on a été très libres. » Caroline Roussel confirme : « Ils sont intervenus deux fois sur l’éditorial, lorsque ça les gênait dans leur communication. Cela s’est fait en douceur. »
Au final, Dark Elevator peut se regarder indépendamment de toute considération syndicale ou politique. Par son format ultra court, son humour cynique et son refus de tout réalisme, elle s’inscrit dans la veine de l’excellent Brother & Brother de Canal Plus. Outre les effets comiques liés à la dénonciation de la précarisation du marché du travail, c’est bien la bassesse des personnages qui fait le sel de la série. Aucun d’eux ne lèvera le petit doigt pour s’opposer au licenciement d’un ami, mais tous s’accorderont sur un hypocrite « ce sont toujours les meilleurs qui partent en premier » pour lui dire adieu. De même qu’ils se débarrasseront à la première occasion d’une collègue qui vient d’accoucher : « On n’allait pas ouvrir une crèche dans 9 m² ! »
L’humour de Dark Elevator ne serait-il pas un peu trop corrosif pour la CFTC ? Les premières projections ont été mitigées : « Au syndicat, ils étaient moitié morts de rire, moitié morts de peur », raconte Caroline Roussel. Richard Bonne ne cache pas qu’il y a eu certaines réticences : « Est-ce que pour gagner 3% d’abstentionnistes on allait perdre 5% d’électeurs traditionnels ? C’est aussi un apprentissage. La question n’est pas de savoir si ça nous plait à nous, mais si on touche la cible. »
Que la cible soit touchée ou non, Dark Elevator est d’ores et déjà une web série à ne pas manquer. Ses trois auteurs en conservent les droits originaux et pensent d’ailleurs lui donner une suite. Avec ou sans la CFTC.
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire